“Um hino à paz e à tolerância”:Palavra perdida no La Croix/França
Premier livre traduit en français d’Oya Baydar, sociologue et écrivain reconnue en Turquie, engagée à gauche et titulaire de plusieurs prix, Parole perdue est une formidable fresque, lente, dense et puissante, mettant en scène la Turquie contemporaine, ses violences et ses paradoxes, les liens entre l’Est et l’Ouest, les conflits kurde et irakien, mais aussi la haine, l’exclusion et l’intolérance, qui prospèrent partout. L’écrivain, qui fut porte-parole de l’«initiative de paix» lancée en Turquie en 2001 par les opposants au conflit avec les Kurdes, a arpenté l’Anatolie, ses montagnes austères, pelées et révoltées, où se côtoient l’espoir et l’oppression. Oya Baydar en a tiré une réflexion sur la spirale de la violence et les moyens de la combattre, le rejet de «l’Étranger». Dans ce roman, Elif la Turque est rejetée en Norvège par une poignée de jeunes radicaux; Mahmut, le jeune Kurde de l’Est, est rejeté dans l’ouest de son propre pays, la Turquie. «Nous sommes tous des étrangers en ce bas monde, écrit Oya Baydar. Nous sommes tous ennemis les uns envers les autres. (…) C’est toujours la même peur. (…) Nous sommes tous l’étranger de quelqu’un.»…
Tout à la fois opus politique-hymne à la paix et la tolérance et conte oriental lent, répétitif, musical, Parole perdue est aussi un livre sur l’amour et le bonheur, l’oeuvre du temps, la complexité des liens entre les êtres. C’est sans doute quand elle aborde la relation entre Elif, la mère, et Deniz, le fils, qu’Oya Baydar touche le plus juste : un mélange d’amour et d’exaspération, de honte et de remords, de tendresse et d’impuissance.



